Les récompenses sont-elles des violences éducatives ordinaires (VEO)?

Sur Instagram, c’est un des thèmes très présents en ce moment. Comme d’habitude, c’est une question bien plus compliquée pour laquelle il faut plus que quelques caractères pour y répondre. Donc je vais tenter, dans un article qui j’espère ne sera pas trop long, de vous expliquer mon point de vue (qui est une vision personnelle et professionnelle, avec laquelle vous avez évidemment le droit de ne pas être d’accord). Alors, les récompenses, VEO ou pas VEO?


La récompense est une violence

Oui, les récompenses sont souvent données avec une arrière pensée de faire faire à l’enfant ce que nous avons décidé… En miroir, vous utiliserez ces pendants, la punition ou le chantage. Prenons un exemple simple : “si tu manges ta purée, tu auras une glace”.  Bonhomme n’y avait même pas pensé, “maman, il y a vraiment une glace dans le congélateur?”. Reformulons… Si tu manges, tu auras une glace, donc si on est cohérent, si tu ne manges pas, bien tu n’auras pas de glace. Donc avec cette récompense, vous lui dites qu’il pourra être puni de dessert. Et là, se joue la plus grosse injustice du monde entier pour Arthur, 4 ans, qui ne veut vraiment pas sa purée et ne pense maintenant plus qu’à sa glace qu’il n’aura pas.

Je grossis volontairement le trait, mais lorsque l’on fonctionne de cette façon, il est difficile pour l’enfant de ne pas sentir de pression et pour vous de ne pas rentrer dans une relation de force. Dans ce contexte, les récompenses deviennent la carotte qui feront faire ce que vous, adulte, voulez qu’il fasse. Le vent de bienveillance s’éloigne avec la promesse, pourtant positive, que vous lui faites avec cette récompense car la conséquence que vous lui promettez sera toujours négative s’il ne fait pas ce que vous lui demandez.

Et si, vous lui donnez la glace malgré tout? Le message que vous lui enverrez sera totalement brouillé, et il comprendra que la récompense promise ne dépend pas de votre promesse, mais sera aléatoire et n’aura pas vraiment de sens. Le cadre que vous souhaitiez lui donner ne sera plus fiable et donc, pas rassurant.

Cela marche aussi avec des phrases comme : tu inviteras tes copains quand tu auras rangé ta chambre (si tu ne le fais pas, pas de copains), si tu ne pleures pas pendant la piqûre, tu auras un bonbon (je suis sûre que vous lui avez donné, son bonbon, quand même!), vous aurez une prime lorsque vous aurez attend votre objectifs de chiffre pour le mois ( les patrons sont de très bons modèles de système de récompense), je mangerai une tablette de chocolat quand j’aurai perdu mes kilos (cela peut aussi s’appliquer à soi, les récompenses, si vous la voulez vraiment cette tablette, faut vous y mettre!).

La récompense n’est pas une violence

Alors la, vous me direz, je manque de cohérence moi aussi, je ne viens pas de vous démontrer le contraire? Et bien non, voici pourquoi!

Les récompenses sont là tout le temps, et partout. Sinon, on passerait notre journée à manger des chips devant Netflix en pyjama licorne (ce n’est pas moi dans l’exemple, je n’ai pas de pyjama licorne!). Je suis pourtant devant mon ordinateur, un samedi soir, à prendre le temps de vous écrire cet article. Ma récompense est claire. Vous allez mettre pleins de « j’aime » sous l’article et partager l’article à tous vos amis (et vous activez les notifications au passage, je vous remercie à l’avance!) et je recevrais plein de gratitude de votre part.

Plus sérieusement, comment serait un monde sans récompense? Le premier sourire de votre enfant, n’a pas été la plus belle récompense de ces heures de labeur? Cette tablette de chocolat après 2 mois de sport intensif, vous ne l’avez pas apprécié? Cette bonne note qu’à eu votre enfant à sa dictée, ne l’a pas fait sauter de joie?

La récompense peut être bienveillante si elle est utilisée lorsque l’enfant doit fournir un effort. Elle peut l’aider à trouver de la motivation que l’environnement ne fournira pas spontanément. Un pouce en l’air pour signifier que l’on est content qu’il se soit brossé les dents, un sticker pour montrer qu’il a réussi correctement son exercice en sport, 5 minutes de son jeu préféré sur l’ipad lorsque ses devoirs sont finis, pleins de petites choses peuvent ponctuer le quotidien pour aider un enfant à traverser des épreuves qui sont difficiles pour lui, mais surtout souligner qu’il peut être fier de lui.

Voyez-vous quand la récompense est bénéfique? Quand est-elle motivante et gratifiante? C’est quand la récompense est accessible et juste. Quand elle a un sens pour lui. Encore mieux, quand elle est naturelle et tangible. Sinon, la récompense perd tous ses super pouvoirs et son intérêt, et sa copine la punition n’est plus qu’à quelques centimètres à attendre qu’on l’appelle.

Concrètement, comment faire?

Alors, il n’y a pas de solution toute faites. Votre enfant fonctionne bien sans, car il a compris comment se motiver et être encouragé, avec vos câlins et vos félicitations (qui sont elles-mêmes des récompenses sociales et naturelles)? Continuez! Les enfants comprennent la plupart du temps les relations de cause à effet, et sans surprise, l’enfant a envie qu’on l’aime, donc il fera ce que vous lui demandez s’il n’a pas de difficultés particulière, et c’est tant mieux.

Mais, si votre enfant ne veut pas se laver ou faire ses devoirs, que vous le suppliez et qu’il continue de refuser? Cela arrive de temps en temps à certains parents, et d’autres auront des enfants qui s’opposent facilement, et la récompense sera là pour vous aider, vous comme lui.

Voici quelques conseils :

  • ne récompensez pas quelque chose qu’il aurait fait normalement. Cela parait logique dit comme ca, mais si vous donner un bonbon après les courses parce qu’il a été sage, alors que naturellement, il le fait de lui-même, que va-t’il se passer le jour où il ne l’aura pas? Si vous voulez lui offrir un bonbon, faite le sans donner de justification, il en sera tout aussi content.
  • Gratifier avec de la nourriture le moins possible, ce ne devrait pas être une récompense, et inversement, ne récompensez pas pour avoir manger. La nourriture est quelque chose de vital, il ne doit pas y avoir d’enjeux autres que s’alimenter autour de ça.
  • Parlez de ce que vous allez faire après, plutôt que de conditions pour le faire : lorsque tu auras pris ton le bain, on jouera avec les bulles de savon. Le fait de savoir qu’il va faire une activité qu’il apprécie ensuite pourra le motiver. N’hésitez pas à décrire comment ca sera chouette et comment vous allez vous amuser! Cela marche d’autant mieux lorsque vous savez d’avance qu’il va refuser, donc n’attendez pas qu’il soit énervé et vous aussi pour le proposer. Pour un enfant plus petit ou avec des difficultés de compréhension, n’hésitez pas à utiliser des pictogrammes avant/après. Cela évitera également de rentrer dans un rapport de force difficile à sortir et de faire escalader la situation à un niveau ou il est impossible de résoudre le problème.
  • Un tableau de récompense peut être mis en place lorsque l’enfant n’est pas motivé par “satisfaire l’adulte” ou qu’il ne comprend pas les attentes. Soyez clair sur ce qui est récompensé, si vous dites à Elise que sa chambre doit être nickel, il y a vraiment une chambre infime que cela la mette en action. Décrivez plutôt votre attente : qu’il n’y ai rien au sol par exemple. Assurez vous que cela soit atteignable : par exemple, une fois par semaine, que le linge soit mis dans la panière. Une étape après l’autre, vous ajouterez des choses sur le tableau pour lui apprendre cette compétence et lui donner les étapes pour devenir autonome.
  • Assurez-vous de réduire progressivement les récompenses. Si la récompense est forte au début, il faut vraiment la réduire rapidement vers des conséquences plus naturelles et faciles pour lui à comprendre.
  • Les rendez-vous ponctuels mais indispensables, comme un rendez-vous médical, peuvent être très stressants et sources d’angoisse chez les enfants. Les récompenses ont toutes leur place, ils ont affronté quelque chose de difficile, ils peuvent vraiment être fiers d’eux. Un sticker ou un petit resto qu’ils aiment peuvent faire redescendre la pression rapidement. Ou même pourquoi pas acheté leur magazine préféré avant ou un nouveau jeu, pour retirer l’attention du moment tant redouté. Vous n’allez jamais prendre un café avec des amis ou faire les magasins après un entretien d’embauche? Il y a des chances qu’ils se souviennent de cette émotion positive plus que du stress de la situation en grandissant.

Bon et sinon, ayez toujours des bulles de savon dans votre sac si votre enfant est petit, ou sinon des jouets Pokemon ou la reine des neiges s’ils sont plus grands, ça vous sauvera de bien des situations pour rediriger leur attention et éviter de rentrer dans un rapport de force lorsqu’une situation dérape et ne se déroule pas comme prévu.

Et vous, utilisez-vous des récompenses et si oui, comment procédez-vous?

Si cet article vous a plu, vous trouverez pleins d’astuces pour aider votre enfant au quotidien dans le livre « 100 idées pour développer l’autonomie des enfants grace à l’ergothérapie » aux éditions Tom Pouce.
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