Ergothérapie et école: une récente étude étonnante!

Les ergothérapeutes ont un rôle important à jouer pour faciliter l’inclusion des enfants en milieu scolaire ordinaire. Cependant, entre le moment où les difficultés de l’enfant sont détectées et la mise en place réelle d’un suivi thérapeutique, il peut se passer plusieurs mois, voire des années selon les régions. Il est donc difficile de mettre en place une intervention précoce, même si l’on sait que c’est important. Une étude publiée récemment dans le « British Journal of Occupational Therapy » a évalué un nouveau modèle d’intervention. Et les résultats sont très positifs! Et si les thérapeutes, en collaboration avec les éducateurs, observaient, identifiaient et soutenaient directement les enfants dans les écoles?

 

Dans l’édition du mois de mars 2017 du British Journal of Occupational Therapy, est parue une étude intitulée « Using an innovative model of service delivery to identify children who are struggling in school », c’est-à-dire « L’utilisation d’un modèle innovant de prise en charge pour identifier les enfants en difficulté à l’école ». Travaillant dans les écoles, vous imaginez bien ma curiosité à la vue de ce titre, et je n’ai pas été déçue! Voici donc ce que cette étude, réalisée sur plusieurs années et avec un nombre important de participants, a trouvé!

 

Le constat actuel

Avant de pouvoir bénéficier de séances en ergothérapie, un enfant qui n’a pas de diagnostic doit en général suivre un parcours malheureusement long et compliqué. Il faut, dans un premier temps, que ses difficultés soient identifiées (par le parent, l’école, un professionnel de santé), puis qu’il soit en plus vu par un médecin pour avoir une prescription en France, et enfin qu’il soit adressé au service d’ergothérapie ou à un professionnel libéral. Il peut donc y avoir un temps long entre l’apparition des difficultés et son suivi, et ceci est valable aussi bien en France, en Angleterre que comme l’explique cet article au Canada.

Néanmoins, un suivi précoce d’un enfant en difficulté lui permettra une meilleure espérance de progression. On se rend bien compte que, même si le système actuel fonctionne et permet à beaucoup d’enfants d’avoir une scolarité ordinaire, on se retrouve avec des services ayant de très longues listes d’attente. Que peut-on alors imaginer pour réduire ce temps d’attente et améliorer la détection des élèves en difficultés?

 

Un nouveau modèle innovant

Cette étude a voulu comparer les enfants qui ont suivi le chemin classique d’orientation vers les services d’ergothérapie et ceux identifiés par les ergothérapeutes directement dans la classe. Ce nouveau service est appelé Partnering For Change (P4C). Pendant une période de 2 ans, 246 enfants ont été impliqués dans cette étude à travers 40 écoles différentes au Canada, ainsi que leurs parents et les éducateurs. Ils ont comparé les résultats des enfants avec le système classique d’orientation par les professionnels aux enfants évalués à l’école par les ergothérapeutes.

Les enfants suivis par les ergothérapeutes du modèle P4C  reçoivent une intervention variant en fonction de leurs besoins. L’école entière est vue comme le client et le rôle de l’ergothérapeute est de travailler de façon proactive avec les éducateurs pour collaborativement créer un environnement physique, social et d’apprentissage qui facilite la participation de tous les étudiants.

On passe donc d’un modèle basé sur l’orientation de l’élève vers le service, à un modèle centré sur la population ou l’ergothérapeute soutient l’école entière pour aider à l’inclusion de tous les élèves. Initialement, le projet avait été pensé pour favoriser le développement de la motricité fine et globale, puis ils se sont aperçus qu’ils pouvaient s’impliquer dans toutes les habiletés nécessaires à l’école. Dans leur évaluation, les ergothérapeutes n’ont pas utilisé de tests dits « standardisés » (c’est-à-dire qui répondent à une grille précise avec un protocole strict à suivre) qui sont habituellement utilisés par les services. A la place, ils se sont basés sur l’observation des enfants dans leurs activités en classe et dans la cours de récréation.

Lorsqu’un enfant est en difficulté, l’ergothérapeute émet des hypothèses où et pourquoi la performance a échoué. En utilisant une analyse de performance dynamique, associée aux connaissances des difficultés développementales et de santé de l’enfant, les ergothérapeutes ont fait des essais de stratégies et d’adaptations jusqu’à ce que l’enfant soit capable de participer entièrement.

Les ergothérapeutes ont donc utilisé leur analyse et leurs compétences pour permettre à l’enfant de continuer sa scolarité en proposant un plan d’action dès que le problème a été identifié.

 

Les résultats

Cette étude montre qu’avec l’observation réalisée par les ergothérapeutes de tous les enfants d’une classe d’âge, on pouvait identifier les enfants en difficulté avec plus de précision, mais aussi:

  • des enfants dont les difficultés n’ont pas été au préalable identifiées ont pu bénéficier d’un suivi en ergothérapie,
  • les enfants étaient significativement plus jeunes,
  • plus de filles étaient suivies en comparaison avec le modèle classique.

Et ce, en se basant principalement sur l’observation et l’analyse d’activité, sans les traditionnelles recommandations des autres professionnels et surtout en éliminant complètement les listes d’attente. Les enfants ont ainsi pu bénéficier de l’aide dont ils avaient besoin au moment où les difficultés dans leur participation scolaire ont été identifiées. Cette étude est particulièrement intéressant en dehors même du contexte du programme P4C, car il confirme qu’il est important pour les ergothérapeutes d’évaluer les enfants dans la classe et dans la cour de récréation pour les aider à poursuivre une scolarité ordinaire.

 

 

Source:

Using an innovative model of service delivery to identify children who are struggling in school, Cheryl Missiuna, Nancy Pollock, Wenonah Campbell, CindyDeCola, Cathy Hecimovich, , Sandra Sahagian Whalen, , Jennifer Siemon, Kaiwen Song, Robin Gaines, Sheila Bennett, Dayle McCauley, Debra Stewart, John Cairney,Leah Dix, , Chantal Camden, British Journal of Occupational Therapy Vol 80, Issue 3, pp. 145 – 154, First published date: December-23-2016

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