Et si on partait vivre à l’étranger avec notre enfant? – Le bilinguisme et l’expatriation

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, parler une seule langue n’est pas la norme à travers le monde! Se pose alors la question de l’apprentissage des différents langages et comment aider son enfant à ne pas se sentir perdu lorsque la langue de la maison est différente de celle de l’école. Dalila Pilot, psychologue clinicienne à Londres, vous explique ainsi dans cet article ce qui se passe dans la tête de votre enfant lors d’une expatriation.

 

L’avantage que voient les adultes dans l’expatriation, comme l’acquisition d’une seconde langue ou la découverte d’une nouvelle culture, est très abstrait pour les enfants. L’expatriation peut vite devenir source d’angoisse pour les enfants en âge de comprendre, elle doit être préparée et vécue comme une aventure familiale.

 

Qu’est-ce que le bilinguisme?

C’est la faculté de s’exprimer aisément dans deux langues différentes. On distingue deux sortes de bilinguisme:

  • La première est celle où dès le début de sa vie, l’enfant bénéficie d’une immersion suffisante dans les deux idiomes pour développer un bilinguisme simultané. C’est généralement le cas des enfants de couples mixtes, où chaque parent parle à fréquence égale sa propre langue maternelle.
  • La seconde est celle où l’enfant accède à une autre langue après avoir acquis une langue maternelle. Il acquiert alors un bilinguisme consécutif. C’est le cas des foyers où les parents parlent une seule langue à domicile et où l’exposition à une seconde langue n’a lieu que lors de sa mise en collectivité, à la crèche ou à l’école.

 

Quelles sont les particularités d’un cerveau bilingue?

Un bilingue peut mentalement faire appel à deux systèmes de référence linguistiques pour exprimer une idée. Pendant longtemps, on pensait que ceci provoquait une certaine confusion, notamment chez les enfants en bas âge. Mais depuis 1962, la tendance scientifique s’est inversée avec l’étude de Peal et Lambert sur la relation entre bilinguisme et intelligence.

Lors d’une expatriation, l’immersion sera quasiment totale pour les enfants scolarisés dans le système éducatif local. Leur cerveau a des capacités que celui d’un adulte n’a plus. Ils pourront alors passer sans effort d’une langue à l’autre selon le contexte. Autrement dit, quand un jeune enfant bilingue veut dire quelque chose, les deux langues s’activent dans son cerveau et entrent en compétition. « Choisis-moi! Non moi! ».

Afin de communiquer, l’enfant doit choisir la langue dont il a besoin et en même temps, supprimer activement l’autre langue afin de l’empêcher de s’imposer. Cette opération exige attention sélective et flexibilité. Ces habiletés sont plus fortes chez les enfants bilingues tout simplement parce qu’elles sont utilisées davantage. Les bilingues sont donc plus efficaces lorsqu’ils effectuent des tâches qui requièrent une attention sélective particulière. On peut citer des tâches comme se concentrer, ignorer les stimuli superflus dans certaines situations ou faire basculer son attention lors de la résolution de problèmes.

 

Quelles sont les impacts sur le développement de l’enfant?

Étant donné l’absence de données probantes indiquant que le bilinguisme a des répercussions négatives sur le développement intellectuel et socio-affectif des enfants, les parents peuvent être encouragés à parler leur langue maternelle à la maison et permettre à leurs enfants d’apprendre une autre langue à l’école.
En effet, il existe relativement peu d’articles ayant étudié l’association entre bilinguisme et troubles du langage et les résultats des études sont assez hétérogènes.

Le bilinguisme constitue donc une force positive qui améliore le développement cognitif et linguistique des enfants, l’accès à l’alphabétisation, si les deux systèmes d’écriture correspondent comme pour le français et l’anglais par exemple. On note cependant que le vocabulaire des enfants bilingues est parfois moins riche dans chacune des langues prises séparément.

 

Quelle langue privilégier à la maison?

La langue maternelle, appelée aussi  « la langue de l’amour ». Les recherches démontrent que les enfants développent mieux leur langage quand ils ont des liens forts avec leurs parents et quand ils sont exposés à un langage riche en vocabulaire. Lorsque les enfants ont une bonne compréhension de leur langue maternelle, ils sont davantage capables d’apprendre une seconde langue. D’où l’importance de maintenir les acquis en français si l’enseignement n’est qu’en anglais. Pour les élèves plus âgés avec de bons acquis, des lectures et des activités comme le théâtre par exemple pourront suffire. En revanche, pour les plus jeunes dont la maîtrise de la langue n’était pas encore suffisante avant leur expatriation, des cours de français avec un professeur particulier ou un tuteur qui aura le rôle de maintenir le lien seront probablement nécessaires. Cela permettra également de conserver le sentiment d’identité culturelle de l’enfant.

 

Le bilinguisme est donc une vraie richesse. Si vous hésitez à parler votre langue maternelle à la maison, dites-vous que l’important est de communiquer avec votre enfant de la façon qui vous met le plus à l’aise. Cela n’aura pas de conséquences graves pour votre enfant! Et vous, quelles langues parlez-vous avec votre enfant?

 

Dalila Pilot Hammoud, Psychologue Clinicienne à Londres. Bilingue et Expat!
www.dalila-pilot-hammoud.com

Psychologue Clinicienne depuis 8 ans, je pratique à Londres depuis un an et demi. Je propose des suivis pour les enfants et les adultes. J’ai une approche intégrative avec plusieurs référentiels (thérapies comportementales pour les troubles autistiques, psychologie positive et éducation bienveillante). J’ai une spécialité en périnatalité et propose un accompagnement pour les jeunes parents. Je propose également la passation de tests pour dépister la précocité intellectuelle ou des problèmes liées à l’apprentissage. J’aime travailler avec d’autres professionnels (ergothérapie, psychomotricité, orthophonie…).

 

Sources :
– L’acquisition d’une deuxième langue, le bilinguisme pendant la petite enfance et leur impact sur le développement cognitif précoce, Ellen Bialystok.
– The relation of bilingualism to intelligence, Peal E, Lambert WE.

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2 thoughts on “Et si on partait vivre à l’étranger avec notre enfant? – Le bilinguisme et l’expatriation”

  1. Coucou, ici on parle français mais pensant à l’expat’ aux Pays bas ton article m’a intéressé . Notre p’tit bout à 3 ans et va être scolarisé en France en septembre mais il connait déjà quelques mots d’anglais suite à nos voyages et on continue petit à petit à essayer de l’immerger un peu en anglais , parfois quand je lui dit quelque chose je lui dit en français pour qu’il comprenne bien et je répète an anglais pour l’habituer =)

    1. Très beau projet! C’est clair qu’il n’y a rien de mieux que les voyages pour donner envie aux enfants d’apprendre les langues étrangères! Vous y pensez pour dans combien de temps?

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