5 raisons de grimper un toboggan à l’envers

Les toboggans font partie des équipements courants que l’on trouve dans les aires de jeux. Ils cristallisent un bon nombre de craintes, comme la peur des chutes pour les parents ou les conflits pour avoir son tour chez les enfants. Se pose également le problème des enfants qui, coûte que coûte, veulent le prendre à contresens. Mais est-ce vraiment un problème?

 

Vous en avez assez de passer pour la police de l’aire de jeux? De devoir répéter encore et encore la règle à respecter? De mon côté, je laisse mon fils monter le toboggan à l’envers. Même quand mon fils était tout petit et qu’il commençait à peine à marcher, je l’ai laissé faire, sous ma surveillance. Pas par négligence, mais parce que je trouve l’activité tellement riche que même si ce n’est pas la « règle », je ne peux pas m’y opposer. Il a toujours été très actif et il aime encore et toujours se confronter à des activités difficiles.

Dans l’article sur la motricité globale, j’évoquais l’idée que monter le toboggan à l’envers était source d’apprentissage. J’ai donc eu envie d’analyser cette activité afin d’en découvrir son potentiel. Voici pourquoi vous devriez laisser votre enfant le faire, voire l’encourager dans cette activité!

 

1. Utiliser sa force

L’enfant est en perpétuelle recherche de nouvelles expériences où il peut utiliser sa force. Il grimpe sur les chaises, escalade le canapé, cependant les expériences à la maison peuvent rester limitées. Mais qu’est-ce qui est haut, difficile et attrayant? L’enfant, en grimpant le toboggan à l’envers, va devoir mettre en jeu tous les grands muscles de son corps, que cela soit des jambes, des bras ou du tronc. Il va de plus utiliser sa force en ayant un objectif à atteindre, c’est donc une très bonne motivation pour exploiter ses capacités physiques!

 

2. Stimuler sa coordination

Dans le « bon sens », l’enfant doit grimper l’escalier, s’asseoir et se laisser glisser. C’est en soi une excellente expérience, mais que ce passe-t-il s’il le monte à l’envers ? Il devra alors coordonner:

  • ses yeux et ses mains
  • ses jambes et ses bras
  • ses mains et ses épaules
  • ses hanches et ses pieds

Trouver des prises, tout en maintenant son centre de gravité en bonne position afin de ne pas tomber, est une activité très riche en stimulations. Toutes ses compétences sont utilisées en même temps, ce qui en fait une excellente expérience pour sa motricité.

 

3. Stimuler la conscience et le ressenti de son corps

Le toboggan est riche en stimulations sensorielles, en particulier tactile (température, texture, pression), visuelles (explorer pour trouver les prises et anticiper les dangers), vestibulaires (sensation de mouvement et d’équilibre), proprioceptives (perception de son corps dans l’espace), ainsi que pour le schéma corporel  (la conscience de son corps). L’enfant devra ainsi en permanence tenir compte des informations venant de son environnement et de lui-même. Tous ces processus automatiques et inconscients vont être stimulés au moment de grimper:

  • Est-ce que c’est trop lisse?
  • Le toboggan est-il froid/chaud?
  • Quelle pression dois-je mettre sur mes pieds?
  • Où sont les meilleures prises? Y a-t-il quelqu’un en haut du toboggan?
  • Où sont mes mains ? Mes pieds? Dans quelles positions?
  • Est-ce que je perds mon équilibre?
  • Comment dois-je positionner mon corps en entier pour ne pas chuter?

L’enfant, pour garder l’équilibre et avancer, devra ainsi intégrer énormément d’informations sensorielles afin de parvenir à son but.

 

4. Explorer ses limites et augmenter sa confiance en soi

Tentez d’oublier les « tu vas te faire mal », « c’est dangereux » ou encore « tu vas tomber ». Les enfants ont, par essence, un penchant pour les jeux risqués. Contrairement à la perception que nous pouvons avoir de nos enfants, ils semblent comprendre leurs limites personnelles et le niveau de risque dans lequel ils sont confortables. De plus, ils comprennent et acceptent que les autres enfants aient différentes limites. La prise de risque fait ainsi partie de la logique d’apprentissage pour l’enfant. Il ne pourra découvrir ses limites qu’en explorant son environnement.

Les habiletés de sécurité ne peuvent alors s’acquérir qu’en situation de danger. En effet, comment peut-il savoir qu’il risque de tomber s’il n’a pas testé le déséquilibre provoqué par la pente? Cela lui permettra d’apprendre à évaluer et comprendre de façon réaliste ce risque. Cela peut également lui permettre de parvenir à atteindre un but qui va renforcer l’estime de soi, car « il peut le faire ». Alors tenter plutôt d’encourager cette prise de risque en restant à côté pour le sécuriser.

 

5. Développer des habiletés complexes

Monter un toboggan à l’envers, c’est compliqué, surtout pour un petit qui vient à peine d’apprendre à marcher. Par conséquent, cela lui permet de solliciter ses fonctions exécutives (c’est-à-dire, faire varier le traitement de l’information à chaque instant, en s’adaptant des objectifs à atteindre). En effet, il devra:

  • avoir un plan et le maintenir
  • évaluer les difficultés et les dangers
  • maintenir son attention durant la montée pour ne pas tomber
  • ne pas être distrait par un stimulus extérieur (le « tu vas tomber » en est un assez classique!)
  • réévaluer et adapter son plan s’il n’y arrive pas
  • résoudre un problème si par exemple un autre enfant attend en haut
  • demander de l’aide s’il rencontre des difficultés

Il va également mettre en jeu ses habiletés sociales, en discutant de la « règle du toboggan » en court par exemple avec les autres enfants, ou bien arrêter son jeu lorsqu’un enfant arrive en haut pour descendre.

 

Si vous hésitez encore à laisser votre enfant grimper le toboggan à l’envers, repensez à tout ce que cela pourrait lui apporter. Il est vrai qu’il sera plus difficile de le laisser faire un samedi aux heures de pointe, mais au lieu d’intervenir immédiatement, pourquoi pas le laisser expérimenter et observer ce qui se passe?

 

Source:

Risky Play and Children’s Safety: Balancing Priorities for Optimal Child Development

Mise à jour le 02/03/2017

6 thoughts on “5 raisons de grimper un toboggan à l’envers”

  1. Je fais partie de ces mamans qui laissent monter à l’envers… mais quand il n’y a personne que ça gêne (par exemple si plusieurs enfants font la même chose… ou que le parc est désert!). Autrement, c’est l’usage général qui prime, ne serait-ce que pour éviter d’être réprimandé ou pire, manipulé physiquement par d’autres personnes pour l’empêcher de le faire (à tort ou à raison). J’ai acheté un petit toboggan en plastique à la maison qu’il peut par contre utiliser comme il veut.

    1. Je comprends! Tout dépend l’âge des enfants et de comment l’aire de jeu est disposée. Il peut être intéressant lorsqu’il y a un peu de monde, mais pas trop, d’observer comment l’enfant gère le problème et de ne pas anticiper les solutions. Il pourrait se remettre de lui-même dans le bon sens pour se conformer à la règle, ou peut être qu’il initiera un nouveau sens avec les autres enfants? Mais c’est vrai que la présence d’autres adultes ou de grands enfants peut être stressant et nous incite à intervenir avant.

  2. Excellent, mes filles adorent le monter à l’envers, c’est plus drôle mais si en plus ça a tout ces avantages, c’est super 🙂 !
    On a toboggan dans le jardin et les filles se débrouillent bien, elles adorent la motricité et se fabriquent des parcours partout !!!

  3. Ohhh que ouiiii, depuis 20 ans que j’ai des enfants, ils ont toujours eu le loisir de monter les toboggans à l’envers dans les parcs. Je restais les bras ballants de voir des petiots grondés par leurs parents s’ils le faisaient, et si c’était maintenant, j’irais leur demander quelles sont les raisons de leur refus. Je ne comprenais réellement pas pourquoi. Si un enfant attendait en haut du toboggan, je disais au mien « tu vois il y a quelqu’un qui veut descendre, tu le laisses passer ? » Et il laissait ensuite tout seul la place dès qu’il voyait un enfant en haut.
    Pour moi, pas besoin de raisons scientifiques ou analytiques sur les bienfaits en motricité ou en développement… ça me parait aussi surprenant que si on énumérait les bonnes raisons d’escalader un muret, ou les bonnes raisons de rire avec ses parents. C’est juste…la vie ! et la liberté d’action d’un enfant qui se défoule au parc, dans le bon respect des autres, et non pas de « règles » prédéfinies sans raison. 🙂

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